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11 Apr

Dans les coulisses d'un déjeuner de presse

Publié par labelette  - Catégories :  #MANGER - MANGER - MANGER

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Un déjeuner dans un trois étoiles Michelin, c'est quelque chose qui ne se refuse pas, en tout cas que moi, je ne refuse pas. Surtout si j'y suis invitée.

Là où le phénomène prend une tournure particulière, c'est quand il s'agit d'un DEJEUNER DE PRESSE.

Un quoi? Un repas réunissant des jounalistes convoqués par une agence de RELATIONS PRESSE pour discuter aimablement (je le supposais) (je l'espérais) par exemple autour d'un gel douche révolutionnaire/essai de Marc Lévy/nouveau concept de hot dog bio végétarien sans gluten.

Là, vous vous étonnez, et à juste titre, QUOI TU ES JOURNALISTE ET TU NE NOUS L'AURAIS PAS DIT?

Mais non, voyons, calmez-vous, si c'était le cas, vous auriez bien vu qu'entre mes lignes hyper subjectives, j'aurais toujours glissé une multitude d'infos.

Bref, j'ai ramené ma fraise excitée mais dubitative à l'Arpège ce midi. 

L'Arpège, haute gastronomie menée par le chef Alain Passard - un chef en cuisine, si si, il en reste - restaurant sis dans la bourgeoisissime rue de Varenne, lieu célèbre notamment parce qu'il s'est affranchi en 2001 des codes impliquant qu'un grand restaurant propose surtout de la viande et du poisson au menu. 

Passard a voulu "faire du légume un grand cru", il déroule des plats où les légumes cultivés dans ses potagers sont les rois. Autant dire, THE PLACE NOT TO BE pour mon marido qui aime autant les légumes que moi la cannelle.

L'Arpège, c'était une deuxième fois pour moi, la première datant de l'ère pré-légumière. Le cadre, écrin pour certains, triste et austère à mon goût m'avait alors déçue, et j'étais repartie avec un sentiment mitigé sur le menu (j'avais 8 ans) (je plaisante). 

Autant le dire clairement, je sens que ça vous passionne, Passard n'était pas dans le panthéon de mes grands chefs. Cette nouvelle occasion allait-elle changer la donne?

Evidemment, je n'ai pas pu me concentrer ni me lâcher comme je l'aurais fait pour un déjeuner normal (Ah putain c'est dégueulasse, ah mais c'est quoi ce truc putain).

J'étais là, unique blogueuse au milieu d'un aréopage de journalistes. 

Salut ça va je te connais pas toi non plus c'est normal et toi je te connais pas non plus salut coucou euh elle est là la fille que j'ai eue au téléphone ou je vais rester là à sourire niaisement pendant deux heures?

Je suis accueillie par une coupe de Champagne, je sors une lourdeur au serveur pour me mettre en confiance, il sourit (un sourire trois étoiles, on n'humilie pas une cliente aussi lourde soit-elle). 

Tout le monde est debout, je me félicite d'avoir trente minutes de retard, on ne devrait pas tarder à s'asseoir.

L'attachée de presse vient à ma rescousse, me présente à quelques personnes "Machin truc, du journal de ouf, Bidule du magazine super connu, La Belette, de Coupsdefood" (c'est bon, ricanez pas bêtement) (elle n'a pas dit "la Belette" mais mon pseudo, beaucoup plus classe).

Je SIROTE mon Champagne, je contemple sa robe pendant environ 27 minutes pour me donner une contenance, je me dis qu'il est bon, et qu'heureusement qu'il est là, ça occupe ma main (sinon, j'aurais fait coucou au serveur du début avec).

Finalement, on passe à table. Nous sommes 7, une femme est mise à l'honneur à chaque table en fonction de la thématique du jour. 

Mon voisin, âgé, est journaliste dans un magazine très très connu, ce doit être son 8000è déjeuner de presse, alors, je copie tout sur lui.

Il prend le menu pour le lire, moi aussi. 

La "personnalité" phare de notre table se met à parler, et ça démarre très fort, vins et gastronomie sont abordés de façon très pointue, je suis larguée quand elle commence à parler qualité des roches et minéralité, alors je fais tout comme mon voisin, successivement interrogative (bouche ouverte et petit mouvement de recul), souriante (toi et moi, on se comprend, c'est clair que le grenache vient de terrains caillouteux, on le sent bien là, d'ailleurs), voire hilare (haha, hyper drôle le coup de ce vin qui n'est pas élevé en altitude). 

Je suis sur le point de sortir mon carnet, finalement non, personne ne prend de notes, ce doit être super plouc, alors je fais celle qui n' a jamais eu l'intention de sortir son carnet. 

Arrivent les premiers trucs à manger, je ne vais quand même pas prendre mon I phone pour prendre les plats en photo, je suis journaliste moi, pas blogueuse, enfin (bon, à la toute fin, j'en ai pris 2-3, discretos).

Tartelettes légumières : très bonnes, mais 2 cm de diamètre.

Coquetier "Maison de Cuisine" (un oeuf à la coq dans un coquetier, quoi), liqueur d'érable. Onctueux, on sent le jaune, on sent l'érable, parfait avec le Champagne. 

Tartare de couteaux à l'ail frais thermidrome, thé vert matcha. Thé vert subtil (genre absent), ail omniprésent vampirisant les couteaux.

Asperges vertes des Alpilles fleuries au géranium, oseille large de Belleville : pour moi, LE PLAT du repas, asperges divinement mises en valeur par l'acidité de l'oseille et la floralité du géranium. Un bonheur potager que je vous recommande vivement, et puis, il est toujours intéressant de savoir qu'on peut se procurer de l'oseille à Belleville. 

Ravioles potagères multicolores, consommé ambré. Ravioles trop cuites pour moi, résultat inégal selon les légumes. Bof. "Bon mais c'est quoi, cette histoire d'ambré?" ai-je demandé au serveur. Devinez. Ma voisine et moi avons opté pour l'artichaut, à quoi on nous a répondu "Petits pois-laurier". Ah ouais, j'hésitais. 

Epinards palco fanés au beurre noisette, mousseline carotte à l'orange. Une réussite qui a mis la dose sur ma déesse, à savoir la coriandre. Epinards merveilleux.

Bon, je vous épargne la suite (exquis turbot et boeuf black Angus pas mal). Ma voisine était déjà repue à ce stade, quant aux autres, moi en tête, nous nous sommes trouvés particulièrement légers (ma chance fut un pain pas exceptionnel).

Désastre ensuite d'une "Robe des champs Arlequin à l'huile d'argan, merguez légumière". Improbable couscous revisité, saturé d'amertume. 

S'est alors pointé un Moelleux du Revard (goûtez si vous en avez l'occasion, ce fromage est un tueur), pomme de terre fumée au vieux chêne. Allez, d'accord, je n'en laisse pas une miette.

Dernière étape ou presque, "Millefeuille croustillant Caprice d'enfant, chocolat au bois de réglisse". Trop sucré, feuilletage léger mais s'effritant et trop présent, goût du chocolat discret. Très moyen.

Vinrent les mignardises (arrêtez de penser que c'est monstrueux, je vous assure que c'était léger) (plus léger que quinze hamburgers). Très inégal. Financier (trop cuit) au romarin, nougat extra, ATROCE macaron aux asperges (fallait prévenir, ça fait un petit choc pour le dessert)... Et une version petit four de la célébrissime tarte aux pommes revisitée d'Alain Passard (photo en tête de billet). Ben moi, sa tarte aux pommes, j'en ai laissé la moitié, alors qu'elle était petite. Je n'ai aimé ni le goût ni la texture.

Voilà, à 17h30, j'étais chez moi, c'était rapide.

Bilan : table finalement intéressante par le mélange des genres (un acheteur d'un palace, une journaliste pas du tout connaisseuse en gastronomie, un grave pointu etc.) (mon genre, vous le connaissez). J'ai pu prendre part aux conversations même si j'ai eu tendance à mâcher le mot "blog" quand j'ai parlé de ce que je faisais (mais je l'ai quand même évoqué, et n'ai pas été snobée à mon grand étonnement)(du moins, apparemment).

Quant à ce pourquoi vous avez lu ce billet jusqu'au bout (s'il reste quelqu'un à ce stade), non, Passard n'a pas grimpé dans mon classement. La force réside dans l'excellence des produits, mais l'ensemble est inégal et parfois pas du tout à la hauteur d'un trois étoiles. 

Bon, maintenant que je suis journaliste, je vais pouvoir m'atteler aux voyages de presse.

Au fait, je suis spécialisée dans le luxe. 

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Black Angus, bon mais pas à s'évanouir

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Pomme de terre et fromage pour une touche de légèreté (mais trop bon)

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 Millefeuille qui s'effrite légèrement...

 

 

 

 

 

Commenter cet article

Ginger 15/04/2013 22:58


Depuis mon CE1, je me suis toujours dit qu'il était primordial de bien choisir son voisin si on voulait avoir une chance supplémentaire de s'en sortir dans la vie. Ca se confirme chez Passard

Jimidi 14/04/2013 14:12


(Ah putain c'est dégueulasse, ah mais c'est
quoi ce truc putain)


et c'est à ce moment là que j'ai bien failli
avoir des problèmes de vessies. 

Raphaële 12/04/2013 19:28


Ils ont du être drôlement intimidés les autres jounralistes ! (oui, les autres)

labelette 12/04/2013 19:40



Oui, ils étaient vraiment très impressionnés, en effet. 



Jeanne qui connaît Stéphane 12/04/2013 18:01


J'en étais sûre! Merci DB, pour ce nouveau sacrifice. 

labelette 12/04/2013 19:40



Il faut que j'apprenne à arrêter de me sacrifier pour les autres.



Stiop 12/04/2013 13:22


Le blog n'est pas snobé par les journalistes : en voilà une nouvelle rassurante !

labelette 12/04/2013 19:52



Oui enfin, par ceux auxquels j'ai parlé et qui ont fait semblant. 



Stelda 12/04/2013 08:47


11 plats de légumes ? je saute par la fenêtre!! Surtout si c'est moyen. Enfin, à te lire, je trouve ça moyen, on ne te sens pas très enthousiaste et ça ne me donne pas du tout envie d'aller à
l'Arpège.

labelette 12/04/2013 19:51



En effet, tu as bien perçu mon enthousiasme modéré. 



LaBij 12/04/2013 08:37


Très bonne description. Comme si j'y étais ! Tu demandes quand ta carte de presse ?

labelette 12/04/2013 19:52



Je crois que Passard va la demander pour moi...



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