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24 Jan

L'agreg, ou presque

Publié par labelette  - Catégories :  #Arrête ton baratin

Ce matin, sous la douche, j'étais partagée entre mes pensées pour Jeanne qui passe aujourd'hui l'agreg et le refrain de "Sous le vent" (Garou et Céline Dion, j'ignore pourquoi cet air tourne en boucle dans ma tête depuis hier) (ah si, je sais, c'est parce que j'ai lu un article sur Garou dans les Inrock hier) (bon je sais plus si c'était dans les Inrock...).

Désolée, je ne vous parlerai pas de Céline Dion aujourd'hui, même si vous ratez quelque chose. 

Le fait que Jeanne soit actuellement engagée dans un effort intellectuel aussi dense que peut l'exiger l'agreg me ramène une bonne dizaine d'années en arrière.

Au passage, un grand merci à Jeanne qui vient chaque jour sur mon blog pour SE VIDER COMPLETEMENT L'ESPRIT.

Il y a environ dix ans donc, ne sachant que faire après une maîtrise de Lettres (personne ne sait quoi faire après une maîtrise de Lettres), j'optai pour la solution la plus simple, à savoir m'inscrire au concours d'agrégation. 

Le problème était le suivant : 

1) j'étais d'accord pour obtenir l'agreg (ça fait mignon sur un CV), mais pas pour devenir prof (cf mon billet  C'est qui ton prof?))

2) j'étais d'accord pour obtenir l'agreg, mais pas pour la passer (ah parce qu'il faut travailler en plus?)

Quand je me suis inscrite, ma mère a commencé à rêver. 

Ma fille va être agrégée, ma fille va être agrégée, ma fille va être agrégée. Bonjour, je voudrais une baguette de pain, c'est pour ma fille qui est agrégée. Bonjour, excusez-moi, vous auriez vu ma fille qui vient d'obtenir l'agrégation? Je la cherche!

Dès les premières minutes, une angoisse me saisit alors que je traverse l'entrée de LA SORBONNE.

Tout ce mythe-là, ce côté institué, ces belles pierres, ces grands pontes professoraux, ces étudiants venus du monde entier... Euh, je viens de réaliser que je vais rater tous les épisodes des Feux de l'amour cette année.

Les cours commencent. 

Montaigne et ses Essais qu'il a mis 20 ans à écrire : connaître par coeur les 4 éditions et leurs différences, mais aussi savoir dire des trucs intelligents dessus (double insurmontabilité).

Mallarmé et ses poèmes : vous connaissez? Non? C'est pas grave. 

La linguistique : tout ce que vous pensiez connaître de la linguistique française, vous allez réaliser que non seulement vous avez très mal acquis toutes les notions, mais en plus on va vous rajouter des nuances tellement complexes que vous ne saurez même plus écrire "je vai a l'ecole pour travaillé" sans douter.

Le théâtre de Becket : j'aimais bien, maintenant j'aime plus.

Le latin : merde j'aurais dû écouter mes cours au lieu de regarder la cour.

Le roman : ils ont choisi de nous faire étudier un policier. Normalement c'est passionnant un policier, non? 

Les élèves : salut ça va-c'est la première fois que tu passes l'agreg (attends, comment ça, il est possible de ne pas avoir l'agreg du premier coup??). Quoi? C'est la troisième année que tu es assis sur ces bancs, que tu te tapes un nouveau programme et que tu n'as plus de vie sociale (si au moins tu restais chez toi pour mater l'intégrale de Funès, non, tu as voué ton année à réfléchir sur "Lagarce: le réalisme c'est l'ennemi")?

Bon, bah c'est pas tout ça, on papote, on papote, mais je crois que je vais aller glander ailleurs (je suis tout de même restée trois jours, consécutifs en plus).

Travailler comme une dingue, ne plus lire un seul Voici de l'année, ne plus voir personne, tout ça pour rater un concours?

Bof.

Jeanne m'a donné son premier sujet de l'année. C'était sur La Fontaine, et il faut bien l'avouer, je suis assez fan (même si je préfère le nouveau format de Gala).

"Les animaux et la nature dans les Fables ne sont que des idées habillées destinées à périr. La vérité est en nous, pas dans les fables".

Ah ouais, c'est pas bête.

Allez, sans regret.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Emm 07/04/2013 19:40


Je tombe sur cette page tout à fait par hasard et je me dis: "ça alors!" Parce que 1) moi aussi, je suis une impostrice 2) je suis admissible à l'agrégation et au lieu d'apprendre mon grec ou de
relire une énième lettre de la Marquise, je suis en train de trainer à la recherche de je ne sais quoi; du week-end, j'ai trouvé 150 excuses pour regarder la télé plutôt que de travailler et tout
cela prouve mon imposture. Mais comme j'ai honte, j'arrête là. Mais je reviendrai.

Sainte Jeanne 26/01/2012 23:05


Sache que mon esprit n'est jamais complètement vide. (faut vraiment que j'insère un smiley après?) 

labelette 27/01/2012 18:44



Je t'épargne le smiley, même s'il m'aurait aidée à comprendre la finesse de ton commentaire!



Mikl 25/01/2012 16:05


Un lot d'horreurs? Sauvons les Phénomènes...et voyons où ça Noumène! Jubilatoire, ouai! "Vous avez 20 mn mademoiselle", sujet de Philo... Je suis atterrée; vous êtes culottée, quand même.
Quoiqu'en y réfléchissant bien, ça aurait été pas mal, comme sujet : La fuite du temps, petits égarements sur les Chemins qui ne mènent nulle part, tout ça... Largement plus rigolo que le
grand capital. Sinon, coupons la poire en deux : "Sauvons le capital". Ou bien "Le capital, voyons où ça noumène". (Alors?...heu...emmerdée, mademoiselle?...)

labelette 25/01/2012 18:01



J'ai une copine prof de philo, je vais lui suggérer "Vous avez 20 mn, mademoiselle" comme sujet.  J'ai peur qu'elle refuse "Le capital, voyons où ça noumène" : trop évident. 



Jo Borrel 25/01/2012 11:14


Je voulais être vendeuse dans une boutique de fringues. Je sais, un petit rêve.

labelette 25/01/2012 12:26



L'avantage des petits rêves c'est qu'on peut plus facilement les atteindre. Encore que. 


 


 



Marie Mail Tout 25/01/2012 09:36


J'ai hésité un moment avant de me lancer dans des études littéraires et puis finalement, je me suis vendue au grand capital ... Je me dis que j'ai bien fait !


Même si j'ai eu droit, pour ma première colle de philo à "Les fenêtres" suivi de "Vous avez 20 mn, mademoiselle" ... Qu'est ce que ça aurait été en khâgne ??!!

labelette 25/01/2012 09:49



Rassure-moi, "Vous avez 20 mn, mademoiselle", c'est pas un sujet? (non parce qu'ils sont capables...). J'ai aussi eu droit à mon lot d'horreurs en hypokhâgne avec des sujets de philo du genre
"Sauvons les phénomènes"... T'as bien fait de te vendre au grand capital. 



Jo Borrel 25/01/2012 04:09


Ah ! le bonheur suprême des sacrifices dans le but louable de retarder une insertion professionnelle.


Situation inconnue puisque je savais ce que je ferai dès l'âge de 8 ans. Et le pire c'est que j'ai réussi.


Reste les vieilles pierres de la Sorbonne dont le charme t'a lassée au bout de... trois jours. Un exploit que je n'aurai sans doute pas réalisé.

labelette 25/01/2012 09:38



Oh non, j'ai continué à profiter du charme des vieilles pierres, puisque j'habitais dans le quartier... De l'extérieur, donc. Et toi, tu savais ce que tu voulais faire à 8 ans (quoi?)?



Prof 24/01/2012 23:28


Chère Belette,


Votre article tombe à point nommé : je cherchais justement un sujet de dissertation pour le Bac blanc de mes élèves de 1ère. Celui sur La Fontaine que vous proposez me semble tout à fait
approprié.


Je vous remercie de contribuer ainsi à l'amélioration quotidienne de ma pédagogie.

labelette 25/01/2012 09:36



Participer à l'amélioration quotidienne de votre pédagogie est en effet l'un de mes buts inavoués. Vous nous raconterez les réponses des élèves au sujet sur La Fontaine...



Les Amis de la Belette 24/01/2012 22:41


Pour connaître un tout petit peu Jeanne depuis à peine plus de 20 ans, je sais à quel point ce concours a une résonnance singulière vis à vis de sa famille, de son histoire personelle et son
quotidien. Je serais tenté de dire que les sacrifices que tu décris sont puissance 10 dans les faits, avec la mise en parenthèse des choses essentielles... sauf le blog de La Belette.

labelette 25/01/2012 09:34



C'est important qu'elle sache où se situe l'essentiel, en effet. J'espère de tout coeur qu'elle atteindra son objectif.



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