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18 May

Normale Sup et sandales argentées

Publié par labelette

J'ai déjeuné la semaine dernière avec 2 amies. Nous nous sommes retrouvées à la Défense, un quartier d'affaires traversé le midi par des nuées de nanas en tailleur gris et des hommes en sandwich thon-crudités et costume bleu marine. Egalement traversé ce jour-ci par une tache en jupe longue à fleurs et sac de plage : moi. 

Après ce déjeuner, une de mes amies s'est rendue rapidos à une réunion d'importance majeure pour la marche de son énorme entreprise. L'autre était attendue à un colloque pour une intervention, mais j'ai quand même eu le temps de lui demander ce qu'elle avait dans son sac à dos : 

LES COPIES DU CONCOURS D'ENTREE A NORMALE SUP.

Depuis 4 ans, c'est mon amie (donc, quelque part, moi) qui décide si Gonzague aura passé 2 ans à bosser jour et nuit comme un ouf pour rien ou pas. C'est elle qui écrit "2/20" ou "7/20" (pour les plus brillants) en haut à gauche des copies. Agrégée, normalienne, titulaire d'un doctorat d'histoire, mon amie que je surnomme affectueusement "Le saviez-vous?" s'est dirigée vers son colloque avec des copies de potentiels normaliens pendant que moi je suis restée aux 4 Temps pour trouver des sandales argentées. 

Ce n'est pas l'objet de ce billet, mais je tenais à vous rappeler mon stupéfiant niveau de culture et d'érudition (je me rends compte que je suis très discrète sur ce sujet, alors que je suis incollable sur la géo-localisation des sandales argentées en région parisienne).

Après ce déjeuner, j'ai eu un ami en ligne (ouais, j'ai bossé comme une dingue ce jour-là). 

Il divorce, ce qui ne fut pas exactement un scoop puisque sa femme me l'avait déjà dit.

J'ai eu droit bien sûr à sa version. 

Elle avait tort sur tout et lui, il fallait le comprendre.

Cela a donné lieu à un certain malaise chez moi. 

Car justement, d'après elle, il avait tort sur tout et elle, il fallait la comprendre.

Il a développé. J'ai en effet compris ses arguments. 

Mais elle aussi avait développé et j'avais compris ses arguments.

J'étais totalement et sincèrement en empathie avec l'une puis avec l'autre (avec un peu d'imposture tout de même car j'ai à chaque fois dû feindre d'ignorer l'autre version tout en présentant diplomatiquement ce que l'autre pouvait ressentir; tâche très ardue). 

Ce que cette histoire m'a révélé plus que jamais, c'est que quand on est amie avec quelqu'un, forcément, on voit les choses avec son prisme.

Et quand on est amie avec les 2 protagonistes, bah là ça commence à devenir très compliqué, parce qu'on lit les choses avec 2 prismes pas franchement compatibles. Alors on se prend la tête pour essayer d'être un soutien efficace, mais les 2 n'ont qu'un souhait : qu'on se rallie à leur version, parce que franchement tu ne te rends pas compte de ce que j'ai vécu putain. 

Et puis aussi on réalise à quel point finalement tout est une question... de prisme, justement. Tout le temps. Pour tout le monde. 

Vu de chez elle, il a déconné. 

Vu de chez lui, elle a déconné.

Vu de chez moi, je ne sais plus trop qui a déconné, un peu lui, un peu elle, personne en fait, parce que CE N'EST PAS LA QUESTION. 

Au final, pfffffffffffffffffffff, la seule certitude, c'est que c'est la merde. 

Alors là où intervient l'amitié, c'est précisément là : je conseille quoi?

Non, en fait, la vraie question c'est à partir de quand la personne en face sera en mesure d'écouter autre chose que t'as raison, ouais t'as raison. 

Non, en fait, il ne faut rien conseiller. Juste écouter, soutenir, accompagner, changer les idées (un doux rêve, car généralement les premiers temps un certain phénomène de ressassement se produit).

Parce que les conseils, on ne peut pas en donner. Déjà qu'ils ont 2 grilles de lecture, on va pas débouler avec nos dis-lui casse toi pov con, ou propose-lui de ne plus jamais sortir de chez toi jusqu'à la fin de tes jours.

En plus, nos conseils, ils s'en foutent. On passe une nuit à dire surtout surtout ne rentre pas chez toi demain, quoi qu'il arrive, et le lendemain, qu'est-ce qu'elle fait bibi? Elle y va, et elle hésite même pas une seconde. Et après elle dit, j'aurais pas dû y aller, et nous, on ne doit pas fanfaronner je te l'avais dit nananère. 

Tout ça pour dire que si vous vous voulez vous séparer, pensez à vos amis. C'est très difficile pour eux.

NOTA BENE : les protagonistes de ce billet ont été mélangés, les histoires quelque peu réorientées de manière à illustrer mon propos. Je précise cela parce que je vous connais, vous ne maîtrisez pas toujours la notion d'imposture. Je suis immonde, mais tout de même, il me reste 2 amis, et j'y tiens. 

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Chloé 21/05/2012 23:35


"Oh nan, des anciens articles, la flemme de relire..." finalement je les ai relu entièrement et je suis contente.

labelette 21/05/2012 23:37



Tu les avais déjà lus? D'aussi "vieux"? C'est courageux de les avoir relus, merci!



mikl 20/05/2012 23:39



labelette 21/05/2012 23:37







shoz 20/05/2012 19:23


ben moi mes amis (j'en ai pas en même temps) ils me demandent rien parce que j'ai tendance à dire ben oui si ça te plait pas casse toi, rêve et fait mieux que mieux . sans autre considération


parait que j'ai pas de coeur.


 


l'amitié c'est de laisser les gens faire leur chemins avec leurs propres armes ? peut être

labelette 20/05/2012 23:37



oui, en leur donnant des cartouches



Ginger 20/05/2012 16:23


Bon, ne nous cachons pas la vérité, le vrai problème c'est quand même ces sandales argentées. Alors, tu les as trouvées ou pas ?

labelette 20/05/2012 23:36



Même pas. 



Mikl 18/05/2012 17:23


"c'est mon amie (donc, quelque part, moi) qui décide"


Et dire qu'il y a des types qui se paient des thèses de neurobiologie sur le phénomène
d'imprégnation...


Et sinon, DB, faudrait voir à pas s'éterniser sur les transats marrakchis et autres souffleurs de serpents,
ou le marido va finir par échanger la gazelle contre trois régimes de dattes et quelques chameaux. Et alors, nous voilà bien.

labelette 20/05/2012 23:33



Il a essayé, mais une Belette ça vaut rien au Maroc. 



Alphonsine 18/05/2012 10:55


Je n'ai pas cherché de sandales argentées (j'en ai des dorées que je n'ai jamais portées), mais j'ai reçu le bon copain de mon mari qui a épousé une copine de lycée et qui divorce. On écoute, on
écoute, on écoute, on dit juste une phrase pour montrer qu'on entend et qu'on a l'air de comprendre, puis on écoute à nouveau. Heureusement, sur la soirée, les explications n'ont duré qu'une
demi-heure. On s'est désolés avec lui, c'est tout ce qu'on pouvait faire.

labelette 20/05/2012 23:32



C'est déjà pas mal. 



Fabignou 18/05/2012 10:34


Mais pour quelle raison la Belette recycle-t'elle ses vieux articles ?


1/ parce qu'elle n'a pas le temps d'en écrire de nouveau, on peut pas enchaîner 3 ponts et écrire des trucs brillants tous les deux jours


2/ parce que le dit billet était passé inaperçu la première fois, la Belette se devait de réparer une telle injustice


3/ par masochisme, en mode personne ne le remarquera, tout le monde s'en fout de mon blog, monde de merde


4/ pour voir si vous suivez, bande de glandus, y'a des têtes de sages qui vont valser dans pas longtemps


5/ pour débusquer les lecteurs de l'ombre et de longue date qui ne pourront pas rester muets devant une imposture d'une telle envergure --> bien joué, chère Belette ;-)

labelette 20/05/2012 23:31



Cher (chère?) Fabignou, 


Les 5 réponses étaient plausibles (vous faites preuve d'un belettisme avéré qui m'épate assez), mais la bonne était une 6è et je l'évoque dans le billet intitulé "Des jours comme ça" (vendredi 11
mai) : j'étais cette semaine en vacances, et pour pallier mon absence, j'ai en effet refourgué officiellement d'anciens billets des premiers temps. 


Cela dit, je n'aurais pas imaginé débusquer ainsi des Sages de l'ombre (j'avais abandonné l'idée). 


Une question cependant : chaque lecteur ayant fait son coming out m'a donné quelques éléments le concernant, alors, j'en veux de vous!!!!!!!!!!!!!



Les Amis de la Belette 18/05/2012 08:53


Ton amie envie-t-elle ton bac ++ en sandales argentées et ton doctorat en empathie pour couples en difficulté ?

labelette 20/05/2012 23:24



J'en caresse l'espoir...



Stelda 18/05/2012 08:00


Oui, regarder un truc à travers 2 prismes, ça fait toujours loucher et ça donne mal à la tête. J'ai compris que ça ne sert à rien de dire "fais-ci" ou "ne fais pas ça"... Comme tu le soulignes,
la meilleure chose à faire c'est de se taire et les laisser se soigner eux-mêmes. Sinon, on se retrouve dans la posture de Jean Baptiste qui criait dans le désert et on finit souvent comme lui.

labelette 20/05/2012 23:24



Maintenant que t'y mêles Jean Baptiste, ça me donne encore moins envie de crier dans le désert. 



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